31 – Ni soumis, ni insoumis

Décembre 2019

Coucou Jean Luc,

J’ai pas pu aller à la manif de Paris, samedi. Pas assez de trains. Oui, Je soutiens les

grévistes. Mais là, j’étais bien embêté. Je me suis renseigné. On m’a dit que je devais me

retourner vers les bus Macron. Alors là, pas question. Il me reste un peu de dignité,

tout de  même. Donc, je suis resté devant la télé. Je pourrais être considéré comme un

jaune. Non, pas un gilet jaune !

Les jaunes, il y a pas mal d’années, c’était les gars qui allaient travailler pendant que les

autres tenaient le piquet. Ils cassaient la grêve, quoi. Donc, en regardant la télé, je t’ai vu,

Jean-Luc. Mais, ta manif, c’était pas celle que j’croyais. C’était contre l’Islamo-phobie.

T’es un bon gars, Jean-Luc. C’est tellement généreux. J’espère que Marseille s’en

souviendra.

Et si émouvant, quand j’ai vu cette petite fille souriante, portant une étoile jaune,

rappelant à notre mémoire, le sort des enfants juifs qui devaient bien s’amuser aussi, à

l’époque. Bon, on n’en sait rien, on a plus eu de nouvelles. N’empêche que Myriam, 8 ans,

Gabriel, 3 ans et Aryeh, 6 ans, seraient venus s’ils avaient pu. Même sans étoile.

Ils ont étė retenus à Toulouse.

Ils ont regardé la manif de très haut, dans les étoiles, Jean-Luc.

Bon, je vais arrêter de rire.

Je pars en Asie. Vers la bienveillance. Non, c’est pour moi, il faut que je me recharge. Un

mois. Voire plus, si affinités. Solo. Enfin pas complètement. Je vais utiliser des

applications pour qu’on puisse me suivre. Il y aura du VLOG, YouTube, des images et du

texte bien sûr. On pourra me suivre à la trace, coordonnées et tout. Si le point disparaît

sur la carte, c’est qu’il y a eu un crash…Mais non ! J’ai de le droit de me planquer aussi.

Pour la vidéo, j’ai fait un essai. C’est terrible ! Déjà que je ne supporte pas ma tête, même

sans la voir… Quand je vois des VLOG de voyageurs’ c’est, le plus souvent, des jeunes,

beaux et en bonne santé. Oui, je sais !! C’est pas moi.

Bon, comme d’habitude, je ferai AVEC.

Joyeux Noël

Jean-Luc Mélenchon, président de la France Insoumise, candidat à la présidentielle 2022, à propos de l’attentat de l’école Ozar Hatora affirme: « Dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Tout ça, c’est écrit d’avance. Nous aurons le petit personnage sorti du chapeau et l’événement gravissime, qui va une fois de plus permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile… »

30 – Embrassez qui vous voudrez

 

Elle se rapproche à peine, Sa bouche comme un appel. Envers et contre moi. Je n’ose lui faire front et tourne le visage afin que son baiser aboutisse à ma joue. Ses mains, si délicatement, obligent mon visage à revenir en elle. Et je sens ce souffle de rosée.

Ce cœur qui tambourine. N’est plus aussi fréquent. Et perçois cet appel, d’une extase complice de nos lèvres humides.

Alors je me réveille d’un cri haletant, et je sens cette langue de chat rappeuse et sèche collée à mon palais.

Je me débats pour ne pas tomber du lit, en cherchant à son pied, cette bouteille d’eau. Ma gorge brûle et je dois éteindre ce feu qui m’étouffe. Enfin, je m’enivre de cette onde jusqu’à suffocation.

Ma première expérience avec l’asialie. Cette absence de salive, double conséquence d’une exérèse totale de la glande salivaire principale droite et du traitement de radiothérapie qui s’ensuivit.

Le bon côté, c’est « adieu aux postillons. »

Et Le pire n’est pas toujours sûr. Mais les pathologies, liées au manque de salive, sont fréquentes. Car, en dehors de son rôle hydratant, celle-ci est un système immunitaire naturel spécialisé. Qui entretient les bonnes bactéries, celles qui te permettent d’avoir un environnement buccal sain. Mais qui combat les mauvais germes, ceux qui  provoquent, notamment, les infections dentaires. Donc pas ou peu de salive, c’est caries à répétition assurées, muscites et  aphtes en nombre. Champignons et mycoses en série, des gencives au palais, de la langue à la gorge. Associées au risque redouté d’ostéonécrose des mâchoires, conséquence de la radiothérapie ORL

Et là, c’est pas les vacances

Alors, ce sont les gouttières fluorées quotidiennes et à vie, si on veut éviter la sonde gastrique et la perte inexorable des dents. Et je n’ai pas échappé à certaines de ces pathologies, heureusement les plus bénignes.

Parlons un peu du goût. Plutôt, de son absence (Agueusie) ou de sa modification. Principalement liée  à la radiothérapie, l’asialie amplifie ce symptôme. Pour ma part, après deux ans, les effets sont toujours présents, bien qu’atténués. Les gouts de base sont les plus touchés (Salé, sucré, acide, amer). Certaines saveurs sont amplifiées. Goût métallique pour la viande et le chocolat. Le gras est rebutant. Reste la sensibilité aux saveurs plus fines, comme les fruits ou les légumes en général. Ce qui me vaut cette silhouette débarrassée de vingt cinq-kilos. En réalité, le goût étant affaire de mémoire, on reconstruit inconsciemment, sa sensibilité gustative afin qu’elle soit adéquate à son propre bien-être. Bien sûr, existe-t-il des astuces et traitements d’appoint qui limitent ces sensations. Qui vous rendent la vie plus facile, quasi-normale. Mais on n’échappe pas aux limitations orales. Finis, les beaux discours, sans une hydratation fréquente, eau ou salive artificielle. Il reste alors le son d’une voix, parfois inaltérable, qu’accompagne le regard des âmes bienveillantes.

 

Max, Embrassez qui vous voudrez

 

29 – Le travail, c’est la santé

 

 

Cet article a été écrit antérieurement

à  » Quoi ma gueule » , publié aujourd’hui

pour des raisons techniques.

 

15 août 2018

Coucou les amis lecteurs,

Le mois d’août, pas top. Interdit de soleil pour cause d’intervention chirurgicale.

Pas grave. Juste esthétique. Dérisoire. Peut-être. Pour se rappeler qu’on est encore vivant. Avec les cicatrices, pas de douche, c’est risqué. Pas de bain, c’est dangereux.

IL faisait très chaud. Une amie m’a conseillé d’enlever le haut. Elle ne savait pas, pour les cicatrices. Je lui ai répondu : d’accord, mais toi d’abord.

Enfin, je ne vais pas me plaindre. J’ai échappé à la noyade. Cinq cents, cet été. Vous rendez-vous compte de la chance. J’exagère. Faut pas plaisanter avec ça.

Ben oui. Finalement, tout va bien.

Enfin, tout va bien, c’est vite dit.

03 septembre 2018

C’était la rentrée. Pour moi aussi. Enfin, je croyais.

Annonce Pôle Emploi :

Recherche « Formateur pour adultes handicapés ».

Non, ne vous précipitez pas. La place est prise. C’était pour me remplacer.

Oui, je me suis fait renvoyer. Pour cause d’inaptitude. Le premier jour de reprise, on m’a fait faire le test du sourire. Je me suis mordu la langue. Du coup, viré.

Ah, la maladie ! Quand ça vous tue pas, blablabla… Sacré Nietzsche !

J’avais fait une démarche au mois d’avril afin de reprendre le travail au plus vite. Avec la pression du médecin-conseil de la sécurité sociale. A mi-temps, en septembre, qu’il m’a dit. Avec suivi.

Y-en a d’autres qui auraient épuisé leurs droits pour moins que ça.

Enfin, moi, j’étais partant. Question de survie morale.

Donc, on est le 3 septembre. Rendez-vous au Service de Santé au Travail.

Coup de tampon : « Apte, à mi-temps, avec aménagement de poste. »

Accueil chaleureux et bienveillant dans la taule. De tout le monde… Enfin presque. Comment dire ?

Bon, « presque », c’est pas Sainte Teresa de Calcutta. Ni la « Juste parmi les nations »

Je vais être gentil. Cruella lui va mieux

Effrayée par le retour de Martin Guerre.

Vous pensez. Elle avait tout réaménagé dans la perspective de mon absence définitive.

Pourtant, je me serais contenté d’un coin de bureau, un stylo, une chaise peut-être. du travail quoi. Parfaitement conscient des problèmes d’organisation que produirait mon retour et enclin à m’adapter à cette nouvelle situation.

Mais non. C’était déjà trop.

Je n’avais plus la gueule de l’emploi. Je rentrais plus dans le moule. Elle m’a dissuadé. Insidieusement. Conseillé de retourner vers le doc du taf.

Alors le médecin du travail, ben, il m’a notifié une inaptitude définitive :

« Par mesure d’urgence et de danger immédiat. »

Ce qui a déclenché inévitablement une procédure de licenciement :

« Pour inaptitude à tout emploi dans l’entreprise. »

Et me revoilà en maladie. La sécu te pousse à reprendre le travail. L’employeur te pousse dehors. Tu sais plus où te mettre. J’aurais mieux fait de rester au lit.

Je peux vous dire que j’ai travaillé de nombreuses années pour l’insertion des personnes handicapées. Et bien, je me suis retrouvé comme un cordonnier à qui on a retiré ses chaussures et ses chaussettes.

J’ai quand même adressé un courrier à l’Inspection du Travail.

Et voici la conclusion :

 « A l’heure où l’on fait la promotion du travail et de l’activité, au détriment de la situation d’assisté social, ma lettre a pour but d’informer votre institution que, malgré ma volonté de reprendre une vie active et sociale, on m’a renvoyé vers un statut de malade-assisté duquel je souhaitais m’éloigner. »

 Bien Cordialement

Et bien, c’est là, mon témoignage. Ma réalité. On n’est pas à la télé.

Ce qu’il faut de soucis pour écrire quelques lignes…

Bon, il faut que je me prépare pour la shooting CORASSO « Quoi ma gueule ? ».

 

 

 

28 – Quoi ma gueule ?

 

 

30 septembre 2018

Je suis à Paris. C’est dimanche. Il gèle dans ce pays. On m’avait prévenu.

Prends un gilet, tu sais ici…

Mais là ! C’est un autre continent. 7,2 ° le matin. Non, c’est pas chaud, je vous jure.

Il fait frisquet, au minimum. Moi, aujourd’hui, je suis pour le réchauffement climatique. La disparition des espèces, les déplacements massifs de population, l’implantation des organismes tropicaux en Méditerranée, la fonte des glaciers, la désertification, l’érosion des côtes, la disparition des terres, les moustiques tigres. Ah, ben tant pis. J’ai trop froid.

Quoi ma gueule ?

Elle me regarde de travers, la fille d’en face.

Fais- le encore plus agressif, qu’elle me dit.

Je lui réponds : Plus ? Non. C’est pas possible. Après, c’est la violence physique.

Et tu ne m’as rien fait.

Déjà que ma tête, en elle-même, est une agression visuelle.

Les enfants de ma rue me jetteraient des cailloux, s’ils n’avaient pas grandi, depuis.

Elle insiste. Bon, alors, prends un air moqueur.

Comme d’habitude alors ?

Ok ! Restes comme tu es, ça ira pour la prise.

Cheeeeeese, qu’elle me dit.

Je serre la mâchoire… Ben ça y est !

Elle me regarde… Ah Bon ?

Oui, c’est ma séance.

Mon shooting pour l’association CORASSO. On est nombreux à participer à ce reportage. Les atteints par un Cancer ORL Rare. Les toujours. Ou les anciens. Les nouveaux qui se demandent ce qui leur arrive.

Pas facile de se montrer.

Et, là, y’a du monde.

Cécile, la directrice artistique. Stéphane, directrice du projet. Fanny, attachée de presse. Zoé, la photographe. Nils à la vidéo. Emilie au maquillage.

Et puis, Christine, la directrice de l’association CORASSO. Et bien sûr, Sabrina, qui nous motive, nous soutient, nous encourage. Nous engueule parfois.

Elle peut. Il faut pas lui raconter des salades.

Toutes ces personnes. Bienveillantes, drôles, professionnelles. Qui vous donnent de l’importance. Qui vous regardent sans vous dévisager. Qui vous écoutent sans compassion inutile.

Enfin, on a l’air d’être quelqu’un.

On change de fringues. C’est pour le fond.

On change de frusques. C’est pour le teint.

Et puis le maquillage.

Et puis les prises. Ça clic et ça clic-clac.

On est tout nu, dans sa tête.

Et puis les mots.

Ceux que tu prononces avec appréhension. Maladie, cancer, paralysie, salive, reconstruction, image de soi, récidive.

Ceux que tu lances pour faire le buzz, la blague. Pour exorciser ton anxiété.

Bon public, qui sourit.

Tu veux voir quelques photos ? Mon dieu ! J’ai du mal.

Déjà que j’ai horreur de voir mes pieds. Vous pensez.

 
 
 
 
 
 

L’équipe de reportage  « Quoi ma Gueule ? »

Campagne de communication de l’association CORASSO

27 – Elle Aussi

Le printemps m’a surpris. Je m’étais endormi. Mon hiver s’est débattu dans le devoir médical. Celui qui vous contraint et vous préserve.

Analepse (Flash-back)

8 mars 2018

J’étais plein d’entreprise. Un séjour à Paris avec ma fille. Ballade sur les quais, Bastille, Beaubourg, Les halles, Montmartre. Moi, je connais déjà. Mais redécouvrir Paname avec une montpelliéraine inconditionnelle, c’est quelque chose. J’ai eu l’occasion de revoir Sabrina et Michel. Très heureux de les retrouver. On est revenu sans nostalgie.

10 avril 2018

Petite virée, seul, en voiture, chez Laurence et Hervé à Salles le Château. En famille. Evidemment royal. Ca vaut le coup de guérir.

Retour à la maison. J’ai demandé au médecin du travail, l’autorisation de reprendre mon activité professionnelle. Histoire de revenir dans le monde des actifs. Comme disait Coluche, il vaut mieux mourir de son vivant. En septembre, pas plus tôt, qu’il m’a dit. En attendant, petits travaux dans la maison.

28 avril 2018

La Chute.

Vous savez, ce film de Oliver Hirschbiegel, avec Bruno GANZ, dans le rôle de Hitler. Le cinéaste y raconte les derniers mois du dictateur, enfermé dans son bunker, à Berlin. Il se donnera la mort avec Eva Braun, sa récente épouse, peu avant l’arrivée des troupes Russes. Ce film a été critiqué, car il y révélait, par le jeu admirable de l’acteur Bruno GANZ, un semblant d’humanité chez ce personnage, qui nous mettait mal à l’aise. Il eût été plus apaisant de le percevoir comme un monstre. Mais, c’est justement parce qu’il est homme, que l’image de cet individu nous est insupportable. Il n’y a jamais de monstres chez les animaux. Si ce ne sont, ceux imaginés par l’homme, et qui, paradoxalement, nous rassurent.

Je ne sais pas pourquoi, mais c’est à ce film que j’ai songé, quand, en un instant, je me suis retrouvé allongé sur le sol de ma terrasse, sur le flanc, la tête soutenue par mon bras. Impossible de bouger. Je hurlais. Merde ! Merde ! Moins par la douleur que par l’idée de m’être fracturé quelque chose et que je puisse être encore immobilisé plusieurs semaines. Moi, qui me relevais enfin de cette léthargie et révélais déjà mes envies.

Tout s’est passé très vite. Les voisins, les pompiers, les urgences. Morphine. Radio. Pas de fracture à la hanche. Mais.. Pas d’examen neurologique. Pas d’examen clinique d’ensemble. Ils ne m’ont même pas déshabillé. On m’a réexpédié à la maison. Sur brancard, en ambulance. Rien compris.

Le lendemain, gros vertiges persistants. Impossible de me lever davantage. Retour aux Urgences . Cette fois, on passe tout en revue. Scan cervical. Tests neuro. Sang, urine, abdomen. RAS. Je repars comme je suis venu, douze heures plus tard.

Sur le compte rendu, est précisé : « Si les symptômes persistent, veuillez recontacter les urgences ».

Cà fait deux jours, maintenant. Je peux enfin marcher avec des béquilles. Mais la terre tourne toujours trop vite à mon goût. Et pas dans le bon sens. Malgré le Tanganil.

Ils n’ont pas vérifié les cervicales. Peut-être. Je n’en sais rien, de toute façon.

Demain je vais voir mon médecin traitant. En planeur, bien sûr.

En attendant, voici un court poème, bien de notre époque. Je le dédie à quelqu’un de proche.

 

ELLE AUSSI

Une Pensée endurait

Qu’on la sente et contemple

C’était là son attrait

Et sans nulle autre attente

 

Peu prompt à raisonner

Mais curieux de ses gestes

Un homme n’est pas en reste

Quand il veut posséder

 

Ecoutant cet écho

Jaillissant de son cœur

Il cueillit cette fleur

Côtoyant le ruisseau

 

Elle est déjà fanée

Les oiseaux se sont tus

Puis, il la laisse tomber

Et ne la regarde plus

 

Max Krief . 1er Mai 2018

26 – Manque

28 février 2018

Y’a plus de saison, qu’ils disaient. L’hiver à rallonge, oui ! Venez voir. Vingt centimètres de poudreuse, du côté de chez moi, près de Montpellier. Non, rien à voir avec le titre. Même les yeux des vieux n’ont jamais vu ça, par ici. Valait mieux pas aller au boulot. Sinon, c’était dodo sur le bureau. Ou dans l’auto, toute la nuit. Et gueule de rincé, dès potron-minet.

La neige, c’est bien quand tu skies. Ou que tu regardes jouer les mômes. Sinon, c’est pour la photo. Y’a cette l’odeur que j’aime bien. Cette si particulière senteur de la neige. Et ce silence. Absence des voitures, coincées sur l’autoroute. Après, c’est la gadoue, dans les faubourgs. Du coup, j’ai raté mon rendez-vous post-op.

J’ai été grognon, ces derniers mois. Je ne peux pas tout raconter. J’ai des circonstances atténuantes.

Je m’plains beaucoup, c’est vrai. Mais y’en a d’autres…

Parfois, quand on apprend mon histoire, il se trouve toujours un gus pour me dire : Oui, je compatis. J’ai moi-même un grand oncle de quatre vingt quinze ans qui a une petite mine ces jours-ci.

Ou bien : tu sais, moi aussi, j’ai des soucis. Je me suis tordu la cheville et je ne peux plus courir pendant quinze jours. Et avec bonne intention, le type me dit : Et alors, tu vas pas si mal. Ca y est ! T’es guéri, mon vieux.

Vous avouerez que c’est agaçant.

Cela dit, c’est vrai. Si on néglige la paralysie faciale définitive. Les soins oculaires multi-quotidiens ou autres gouttières fluorées à vie. Et l’angoisse de la récidive…

 Mais, le plus difficile, c’est l’absence de sourire.  Et de rire à pleines dents.

Et ça me manque.

16 mars 2018

 Une de mes voisines est atteinte de ces diverses affections articulaires, Spondylarthrite ankylosante des mains, poly arthralgie, polyarthrite rhumatoïde, algodystrophie. Elle a des morceaux d’os qui poussent sur ses phalanges, ses orteils, ses coudes, ses genoux. Inopérable qu’elle me dit. Elle en souffre terriblement. Maintenant, elle doit aussi se consacrer à son mari. AVC et problèmes vésicaux. Elle s’occupe. Toute la journée. Il y en a des choses à faire dans sa maison. Elle me raconte que son heure de déprime se situe entre dix huit et dix neuf heures. Passage à vide. C’est le moment de la journée où il fait la sieste. La pause pour elle.

Quatre-vingts ans, la nana. Et elle me tient la conversation en souriant.

Stephen Hawking est mort le 14 mars. Soixante seize ans. Le corps ratatiné par la sclérose latérale amyotrophique (maladie de Charcot). En état de paralysie musculaire quasi totale à la fin de sa vie. Se trimbalant dans son « caddie » élaboré spécialement pour lui. Mais, il avait toute sa tête, le type. Bien faite. Même beaucoup plus que tout le monde. La seule partie intacte de ce corps meurtri, ou presque. Il s’est marié deux fois et a eu trois enfants. Qu’a-t-il pu faire de sa vie, se demanderait-on, s’il n’était pas célèbre ? Il a seulement découvert le rayonnement des trous noirs (rayonnement de Hawking), élaboré le théorème sur les singularités, établi un lien entre l’infiniment petit (mécanique quantique) et l’infiniment grand (relativité générale d’Einstein). Tout cela lié à la naissance de l’univers… Avec pédagogie et humour.  Physicien de la cosmologie, professeur de mathématiques à l’université de Cambridge.

Il a pas laissé d’ardoise, le gars.

Deux exemples parmi d’autres. Pourquoi je vous raconte ça ?

Ben, il faudrait arrêter de se lamenter.

Rendez-vous avec Le Dr Galmiche, ma chirurgienne, qui a réalisé la myoplastie faciale. Je l’avais loupée deux fois. La seconde, à cause de la neige. Vous pensez bien qu’après la première consulte post-opératoire que j’avais mal vécue, j’étais un peu anxieux. Je ne sais pas si c’est moi qui ai changé d’attitude, mais cela s’est vraiment bien déroulé. Très attentionnée, la doctoresse. Souriante, précise dans ses explications, satisfaite du résultat de l’opération (voir chapitre précédent). J’étais moi-même dans de bonnes dispositions, la remerciant, sans obséquiosité, pour la qualité de son travail. Elle m’a proposé deux interventions supplémentaires afin d’affiner la symétrie et limiter la tension du côté sain. Mais, y’a pas de miracle, qu’elle me dit. Vous ne retrouverez plus votre visage d’avant.

C’est pas grave, j’ai pas l’intention d’aller en boite, que je lui fais.

Je veux juste arrêter de faire la gueule. (A l’insu de mon plein gré, bien sûr)

 

Place du Tertre – Paris – mars 2018

25 – Mort De Rire

28 janvier 2018

J’ai reçu le livre d’un copain d’enfance, Yves, avec lequel j’ai partagé, quelques années durant, mon dortoir de la maison d’enfants. Adressé gentiment par sa sœur Danielle.. Il y raconte sa vie. Entre sept et quinze ans, c’est un peu la mienne. Je m’y retrouve. Les détails que j’avais oubliés. C’est troublant. Puis, on s’est éparpillés. Maintenant, je connais la suite. Une vie forte en drames. Très heureuse aussi. J’ai raté quelque chose. Plus tard, on s’est croisé, rarement. Souvent une référence pour moi. Rigoureux, généreux, sportif, bel homme. Il ne croyait pas au hasard. Alors, il faisait très attention à lui. En 2007, sortie brutale. Une saloperie au cerveau. Il était mon ainé, de un jour. On ne maitrise pas tout.

07 février 2018

Je l’ai mauvaise. Foutue époque. Où la clef sous le paillasson a fait place aux caméras en tout genre. Où une procédure judiciaire interminable a remplacé une bonne engueulade. Où le téléphone à cabine qui permettait d’appeler les secours, a disparu au profit du Smartphone qui filme la scène d’agression. Où l’isolement est aussi important que les moyens de communication et autres réseaux sociaux foisonnent. Tout n’était pas bien. Tout n’est pas pire, aujourd’hui. Je ne me sens pas à l’aise, dans cette époque. C’est tout.

Quand ça va pas fort, on a tendance à s’agripper. C’est le sourire de ma fille. Un petit compliment de Marie-Clotilde ou Audrey, mes infirmières. Un miaou de Loulou. Le message de Chantal. Un mot réconfortant de Cathy. Coup de fil affectueux de Nadine, vite écourté de mes impossibles confidences. Par un tendre smiley de Sabra. Promesse d’une visite de Hugues et Laurence. J’en oublie bien sûr. Ce soir, en manque. D’imagination. Le trop plein. Mon humour se fait la malle. Je décroche. Dégringolade.

Cela a commencé à mon retour, dans le monde des vivants. Après l’intervention. On est le 31 janvier. Foutue anesthésie. Je suis descendu au bloc vers 8h30. Je me retrouve en chambre vers 18h30. Que s’est-il passé ? Aucun souvenir de la salle de réveil. Maux de tête quasi permanents. Cela fait sept jours maintenant. Je carbure aux Tramadol et Paracétamol. Moi qui ai eu tant de mal à m’en défaire. J’ai la tête des frères Bogdanov. Mais ça, je m’en fiche. Même sans leur intelligence. C’était prévu. Les coutures, de la joue jusqu’au crâne, en passant par les oreilles. C’est la routine. Les yeux aussi. Pleins de fils. J’ai revu ma chirurgienne. Emporté par l’enchainement des petits soins. Pas osé lui demander. Plutôt distante avec moi. Mes quelques questions maladroitement exprimées. Refermées, en face, par « c’est comme ça », « Je ne suis pas au courant ». Sourire retenu. L’impression de l’emmerder. Aurait-elle oublié une aiguille dans mon crâne ?

Elle m’annonce que ma paupière ne fermerait plus. Je ne m’y attendais pas. Depuis trois ans maintenant que mes soucis de santé se sont succédés, j’en ai accepté les inévitables tracas, liés aux soins et petites infirmités de tous ordres. Pas grand chose, finalement. Mais là, ça déborde. Je la revois le 15. On verra bien.

Je la refais pas, celle-là. Pas marrante, l’histoire, mais c’est la mienne. La vraie. J’ai restreint mon blog aux abonnés. Pour les nouveaux, faudra faire un effort. Rien en retour, que de se retrouver un peu dans mes lignes. Un tout petit moment de moi. Et de vous.

 

 

24 – Rabat-joie

 

26 décembre 2017

 

Bon, j’admets. Le titre n’est pas attractif. Vous avez l’habitude. Je fais pas dans la norme. Quand vous me lirez. Si vous me lisez. On sera dans la nouvelle année. On aura déjà terminé les petits canapés de foie gras. Les morceaux de dinde farcie entre les dents et le champagne dégoulinant d’une lèvre tombante. Peut-être que la galette de Balthasar, Gaspard et Melchior sera digérée. Et on rêvera d’une nouvelle année meilleure.

J’ai pas l’air comme ça, mais je suis un optimiste réaliste. C’est à dire un pessimiste. Ben oui. En dehors des films américains, dites-moi ce qui se termine bien ! A plus ou moins long terme, je vous l’accorde. Sauf si vous croyez à la sainte vierge. Ou aux soixante douze vierges. Non, c’est pas les mêmes. Pour ces dernières, il faut être un homme, hétéro et un peu pédophile. On répond pas tous, à ces critères. Il vaut mieux se faire une raison. Et profiter du temps présent.

Tiens par exemple. J’ai adoré Noël. En famille. Décorations lumineuses. Plein d’amour. Plein de cadeaux, j’ai reçu. D’abord, les bretelles. Noires, comme j’aime. Très utiles, vous savez. J’ai perdu vingt kilos, ces derniers mois. Dont du gras de la panse. Alors, j’ai la peau du ventre qui court après mes chaussures. Comme un ancien buveur de bière en litres. On voit plus mes jolies ceintures. Mes nouvelles voies d’accès servent à remonter la bidoche. Plus besoin de me faire gronder. Remettez-vous. Vous en faites pas. Ca va aller. Enfin, j’exagère un peu. J’ai été gratifié aussi, d’un excellent whisky. C’est de circonstance. Je ne supporte plus le vin en général. Et le champagne en particulier. Et puis, j’ai eu les lunettes. Noires aussi. La casquette. L’écharpe. J’avais déjà « le masque ». Equipé pour sortir. Tout beau, je suis. Mais ça ne se voit pas tellement. C’est dans l’attente de mon ravalement de façade. Pour ce mois-ci, j’espère. Après le SCAN thoracique de contrôle.

5 janvier 2018

Je suis avec le Professeur Garrel. Une heure de retard et c’est mon tour. Je me surprends à lui lancer : Dure journée aujourd’hui ? Il me concède une esquisse de rictus, laissant entrevoir un sourire retenu. Oui, qu’il me fait. On l’a appelé en intervention urgente à Lapeyronie, un autre établissement hospitalier. En salle d’attente, ça râle, ça roumègue. Et moi, je me souviens de ma première opération le 4 novembre 2016, programmée sur deux heures. Elle avait finalement occupé mes chirurgiens durant plus de six heures. On relativise alors le retard des médecins. Bien heureux, celui qui peut encore attendre.

Commentaire sur le SCAN thoracique et petit examen clinique. Bon tout va bien, qu’il me fait. Je vous dirige vers le Dr Galmiche pour la myoplastie. Je vous revoie en fin d’année. Vous aller me manquer. Vous êtes suivi par le Dr Lapierre de l’ICM en parallèle, qu’il me répond, me laissant comprendre qu’il avait d’autres chats à fouetter, des patients sans doute un peu plus affectés.

7 janvier 2018

Maman, si tu voyais ma vie, disait Michel Berger, par la voix de France Gall. Ils en ont fait, des jolies chansons, ces deux-là. Maman peut être fière.

16 janvier 2018

Le barbier (chirurgien d’antan) va me faire la mise en pli. Je suis à Gui de Chaulliac. Service de chirurgie maxillo faciale. Je revois le Dr Sophie Galmiche. Elle était intervenue pour l’insertion du greffon prélevé sur la jambe en lieu et place du nerf facial sectionné. C’est cette jeune experte qui va réaliser les gestes de reconstruction faciale. Myoplastie temporale droite, canthoplexie, suspension sourcil, blépharo, moeteur + midface. C’est ce qui est écrit sur le programme. Prévu pour le 31 janvier. Que du bonheur ! Comme on dit sur FB. Vous connaissez ? C’est le réseau Fake Being.

18 janvier 2018

Je me suis remis au piano. Je galère. Mais j’ai des auditeurs. Ce sont mes chats et mes poissons. Bon public. Je ne suis pas certain qu’ils soient convaincus par mes prestations. Ben, les combattants, ils n’ont pas beaucoup de possibilité de se boucher les oreilles ou de se tirer aux Seychelles. Et mes chats, détestant la pluie, se voient cantonner aux rôles de groupies involontaires. Mes voisins qui ont décidé de déménager. Alors, je ne joue pas quand il y a des amis. J’ai quand même le désir qu’ils reviennent.

Bonne année quand même.

 

 

 

Jack Nicholson dans « Batman » de Tim Burton

23 – Bûche glacée

7 décembre 2017

L’année 2017 se termine avec précipitation. Comme une conclusion, pour ces gens célèbres récemment disparus. Qui ont contribué au monde. Qu’on aime ou pas. C’est un peu notre vie qui s’enfuit. Nous rappelle au souvenir de notre propre fragilité. Nous ne serons pas les derniers. Je suis, cependant, étonné de lire certaines réactions. Le terme « réaction » choisi dans sa signification sociale. Pourquoi dénigrer l’importance de l’émoi suscité par la disparition de Johnny Hallyday ? Je dis bien Johnny Hallyday. Pas Jean- Philippe Smet. Non, il n’était pas dans mon environnement musical. Je n’ai jamais acheté ses disques. Jamais allé à ses concerts. Pas vraiment fan. Mais qu’a-t-il fait pour susciter si peu de respect, que l’on doit habituellement à ceux qui ont marqué nos heureuses jeunesses ? Par ceux-là, qui promettent le bonheur à chacun. Sont-ils donc, à ce point, « Insoumis » à leur propre émotion. Comprenne qui pourra.

« J’ai un problème », « Oh ! Ma jolie Sarah » ; Slows des premières amours. Ce n’est pas Jean Philippe Smet que l’on pleure. Mais, la mémoire de nos petits bonheurs perdus. Et puis son cancer, c’est vraiment la mort en souffrance à petit feu. Alors, je lui dois bien une menue sincérité.

Cela ne m’empêche pas de penser à mes amis les plus proches récemment disparus.

Les poissons d’abord.

Les tristesses ne se soustraient pas.

« Ta gueule ! Salope ! ».

Je crois avoir mal compris. Je m’approche d’une dame d’un âge certain. Les mots viennent de sa bouche. Elle est en conversation avec Sylvia. C’est mon aquariophile. Je me précipite. La respectueuse cliente raconte qu’elle a recueilli un perroquet Cacatoès. Le piaf lui sort ça tous les matins. Elle, qui vient de divorcer ! Elle s’en remet pas, la pauvre dame. La jeune vendeuse, confuse, lui confie, que, maintenant, il sera compliqué de le faire taire.

Elle lui conseille de prendre des « Inséparables ».

Revenons-en à mes poissons.

Finalement et par déduction, me dit mon aquariophile préférée, ils n’ont pas mis fin à leur jour, les fretins. Oui, parce qu’un suicide de masse implique un environnement sectaire. Ce qui n’est pas évident pour des animaux aussi peu bavards. C’est donc le froid. La jeune commerçante m’accuse alors de ne pas avoir suffisamment chauffé la maison. C’est de la maltraitance qu’elle me dit.

Vous auriez pu me conseiller un système de chauffage pour aquarium, lui rétorqué-je. Je ne savais pas que c’étaient des poissons tropicaux.

Elle me fait alors un discours sur le changement climatique. Je n’ai rien compris. Comme je voulais éviter une dispute, avant même que nous fissions connaissance, j’ai admis mes tords et lui ai demandé si elle voulait tout de même vérifier la température de mon salon. Oui. J’ai dit ça ! Je ne sais pas pourquoi. Je suis passé par toutes les couleurs, jusqu’au rouge. Comme mes poissons. J’avais envie de plonger dans un aquarium. Je n’ai pas attendu la réponse. Finalement, je suis reparti avec deux autres combattants. Puis, je suis allé acheter des filets de daurade. Il y a plusieurs manières d’apprécier la poiscaille.

Je ne veux pas casser l’ambiance, mais ce sera difficile pour le téléthon, cette année. Déjà que les gens sont moins généreux. Non, ce n’est pas une question de richesse. Quand je faisais du dépannage à domicile, au cours de ma première vie, Il y a trente ans. Les gens donnaient toujours quelque chose à la fin. Un coup à boire, souvent. Une invitation à diner. Et même, parfois… Non. J’arrête. Déjà que je suis fiché. Non, pas « S ». Ne dites pas n’importe quoi. En tout cas, régulièrement, c’était de la petite monnaie en pourboire. Parfois, un gros billet. Pourquoi, je vous dis ça ? Parce que ce n’était pas vraiment lié au niveau de fortune des clients. Et si je me souviens, les plus généreux étaient souvent les moins pourvus. C’est plutôt une histoire de disponibilité. Regardez. Moi, par exemple, je caresse mes chats, tout en faisant autre chose, lecture, ordi, papiers, téléphone. Mais quand je cause avec un interlocuteur désagréable, et que je commence à m’énerver, mon chat se taille en courant, comme s’il ressentait que ce n’était pas le moment. Bref, que je n’étais plus disponible.

Jean d’Ormesson, comme mes poissons, n’a pas eu l’hommage escompté. Difficile pour un grand écrivain de mourir en même temps qu’un prince de la scène.

Restez vivant est quand même préférable.

Et moi, je vis toujours 2. Tant que vous penserez à moi3. N’est-ce pas ?

  1. Johnny Hallyday-1994
  2. Jean d’Ormesson-2018
  3. Jean d’Ormesson-1994

 

 

 

22. Le Combattant

L’émoi dû à mes mots m’oblige à minorer mes états d’âme.

Oui, c’est moi. Je suis remué, c’est pour ça.

Ce matin, cinq décès dans ma maison. Le drame.

Je l’ai dit. Je n’aime pas le mois de décembre. Comment ? Je ne sais pas. Suicide ? Ou bien le froid ? Le froid n’aime pas les faibles, les petits, les fragiles, les vieux. Et surtout les « sans abris ».

Non, là, c’est autre chose. Ce sont mes poissons. Tout frêles, ils étaient. J’ai essayé de les réanimer. Voulant aveuglément croire qu’ils étaient simplement endormis. Rien à faire. Certains sur le dos, se laissant glisser au rythme du remous provoqué par la pompe à eau. D’autres, flottants, comme des brindilles en surface. Et puis, le petit, au gros ventre arrondi, planqué à fond de sable coloré. Un carnage.

Il y a quand même des rescapés. Les anciens. Ceux que j’avais adoptés. Le combattant Roma, un Betta Splendens, Nichel et trois autres Paracheirodon simulans que je n’ai pas eus l’opportunité de baptiser.

Ne prenez pas cela à la légère, s’il vous plait. La tristesse n’est pas régie selon un barème. L’émotion n’a pas de hiérarchie. On peut pleurer pour un film, et rester placide à des funérailles. J’y tenais à mes poissons.

Attention ! Ceux-là, ils sont fragiles, qu’elle m’avait dit, la poissonnière. Non, je veux dire, la jeune fille charmante du magasin d’aquariophilie. Elle m’aime bien, je crois.

Ne vous cachez-pas le visage ! Vous êtes très bien, vous savez, qu’elle m’avait dit, lors de mon premier passage. Depuis, j’y vais régulièrement. Je ne sais pas si c’est pour les poissons, en fin de compte. Maintenant, je me sens coupable. Elle m’avait confié ses fritures avec ce regard insistant qui semblait dire : Prenez-en soin, ce sont des êtres vivants. Et voilà. En état de culpabilisation intense. J’ai honte. Je n’ose pas y retourner. Qu’est-ce que je vais lui raconter ? Je n’ai pas su m’y prendre, voilà tout. J’ai peur qu’elle me regarde de ses yeux réprobateurs, faisant fi de mon infirmité. Elle, qui auparavant, fut tellement bienveillante à mon endroit.

Vous croyez qu’elle va me confier d’autres animaux, à présent ?

J’ai toujours pensé que, s’occuper de ses plantes, ses bêtes ou ses enfants, témoignait d’un même état d’esprit. Celui d’une attention particulière aux autres. Au monde des vivants. Je n’ai pourtant, moi-même, jamais eu la main verte, comme on dit. Mais ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est juste un manque de savoir-faire, d’éducation, d’attention. D’autres ignorent le monde animal, en dehors de leur assiette. C’est comme sa progéniture. En principe, les parents aiment leurs enfants et font ce qu’ils peuvent pour les aider à grandir. Mais ce n’est pas toujours facile. Et, sauf en cas de maltraitance, ou de négligence, il est inutile de rapporter toutes les difficultés du monde à l’éducation des enfants.

Vous me direz, les poissons, ils n’ont pas de libre arbitre. Ils dépendent entièrement de notre capacité à les protéger et les laisser vivre leur modeste parcours de pantouflard à nageoires.

J’ai vu ma nouvelle Kiné, ce matin. Spécialisée en rééducation maxillo-faciale.

J’étais avec Alexandre depuis presque un an. C’est mon ex. Je veux dire, mon ancien kiné. Il a déménagé. Ça fait drôle. Toute proportion gardée, c’est comme un remariage. On sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on va gagner. Oui, je vais me calmer avec ces vieux poncifs. En tout cas, ma nouvelle kinésithérapeute a perçu un léger mouvement labial, du côté paralysé. Très léger. Après plus d’un an d’immobilisation, c’est très encourageant. Bon, il faut pas s’emballer. Peut être des spasmes réflexes dus à un développement anarchique de la branche nerveuse. Pour simplifier. Si je cligne de l’œil, mon cerveau va induire une impulsion nerveuse me forçant à sourire. C’est pour de vrai, je vous assure. Mais rien n’est certain. On verra bien.

En attendant, je vais aller voir ma copine aquariophile. Je n’ai pas intérêt à lui faire un clin d’œil. Sinon, je repars entre deux gendarmes pour harcèlement de rue.

En plus d’être endeuillé, je risque de finir ma nuit en garde à vue.

 

 

21 – Mauvaise fois

Le mois décembre approche. Le mois des fêtes de fin d’année.

Ce n’est pas seulement les oies qu’on gave à cette période. On va s’en mettre plein la panse. Bon, mais les volailles, on leur a pas demandé leur avis. Pour elles, ça se finit mal, en général. Déjà, la grippe aviaire de l’année passée… Les rescapées terminent leur courte vie dans nos assiettes. Non, on ne va pas s’apitoyer sur des piafs. Dépêchez-vous, y’en aura pas pour tout le monde. Remarquez, je ne vais pas me plaindre. L’année dernière, j’mangeais avec ma paille. Oui. Déjà un an. Une autre vie…

Cette année, j’ai droit à des demi-portions. Oui, pour ma face gauche qui peut encore mâcher. Il n’ y a toujours que le whisky qui passe le sens interdit.

Je me suis largement déconnecté des réseaux sociaux, depuis quelques temps. Le bonheur virtuel, affiché sur certaines publications, m’ennuie. Quand on rencontre les gens pour de vrai, ça fait bizarre.

Comme le dit Chantal Cahouët, mon amie de Corasso sur ces vers de Anne Sylvestre

Je me sens dérisoire
Juste à côté de l’histoire
Décalé
Comme un point dans une image
Comme un petit personnage
De Sempé

Alors, j’ai l’air de faire la tête comme ça. Surtout quand on voit les photos de mon profil. Je veux dire, surtout de profil bien sûr. Mais dans des situations réelles, je suis plutôt de ceux qui réconfortent ou amusent les autres. Enfin, ça dépend aussi de l’ambiance. Il faut quand même du répondant.

Quand, par hasard, je croise une connaissance qui me dit : Tiens cela fait longtemps qu’on n’a plus de tes nouvelles. Tu étais en voyage ? Je réponds : non, j’étais malade, en rigolant. Alors, je sens comme un grand froid. C’est difficile de continuer la conversation de manière détendue, après ça. Je me sens obligé de la rassurer.

Pour revenir à nos dindes, je n’aime pas trop le mois de décembre, vous l’aurez compris. On va le faire bien sûr. Noël en famille, la Saint Sylvestre entre amis. Peut-être…

Mais vivement janvier 2018. Les journées qui s’allongent. Les bonnes résolutions. Qu’on ne tiendra sûrement pas. Les projets qu’on construit. Dans notre tête, surtout. Les bonheurs qu’on espère. Garder ou trouver. Mais surtout ne pas perdre. Et toujours poursuivre. C’est l’essentiel. Tout le reste n’est que prétexte. En même temps, ça fait avancer le monde. Ils font avancer le monde. Surtout les artistes. Les vrais, les grands. Ceux qui ont passé les siècles. Et puis les chercheurs. Enfin, ceux qui trouvent. Les philosophes, les ethnologues, les…

Je n’aurais pas dû me lancer dans ce galimatias. Je vais forcément oublier du monde.

Enfin, nous, on n’y est pas.

Peut-être Sabrina (Sab Ourik), mon amie, la responsable de Corasso.

Aujourd’hui, c’est le « Black Friday ». Ca nous vient des USA. Ca tombe mal, j’ai un soucis avec ma carte bleue. Soupçon de substitution de mon code par un commerçant. Dans le doute, j’ai fait opposition. Aujourd’hui même. Moi qui prévoyais dépenser sans compter. Je vais faire des économies, ça c’est certain. Pas de foie gras, pas de cadeaux, rien pour le Téléthon. Je vais être « Blacklisté ». Avec le nombre de pubs que j’ai reçues, ils vont faire la gueule. Vous rendez-vous compte ? C’est vraiment le « Black Day » pour tous mes marchands préférés.

Pour moi, janvier 2018. Ce sera, entre autres, des interventions de chirurgie esthétique. Blépharoplastie, lifting et Botox. Que du bonheur. Aux frais de la CPAM. Râlez-pas. J’ai cotisé pour ça.

Je vais pouvoir reprendre la clope, après ça. J’arrête de courir. Et je remplace l’eau par du vin.

J’entends déjà les soupirs. Je vais juste rattraper le temps perdu. Bien oui. Jusqu’à présent, pas de tabac, pas d’alcool, de drogue, pas d’alimentation à risque, un peu d’activité physique. Et je me chope la crève. Alors, autant en profiter.

Bon, j’imagine vos commentaires réprobateurs.

Je plaisante. Je vais mettre de l’eau dans mon vin.

 

Amy Winehouse

 

20 – Heure d’Hiver

Bon d’accord. J’ai compris. C’est fait. Je n’ai plus d’amis. Pas seulement. Plus de famille non plus. Disparue, Monique ma voisine. Défections, mes  médecin, chirurgien, infirmière, courtisane. Adieu mes chers collègues. Et que dire de l’absence de mes plombier, électricien, vendeur de tourniquette. Ils me manquent déjà. Oublié, mon banquier. Parti sans laisser d’adresse, mon huissier.

Mais, j’ai les témoins de Jéhovah, tout de même. Oui, eux, ils font du porte-à-porte.

Non, non. C’est pas à cause de mon dernier article sur les S.U.V.

D’ailleurs, maintenant, j’adore les S.U.V. Je goûte régalement les Cross-Over. Une petite préférence, peut-être, pour les Pick-Up. Mais je ne vous dirai pas que les camions-bélier me fassent rêver…Et puis, je me dis qu’il vaut mieux s’engueuler avec les moins nombreux. Oui, chez nous, c’est les pauvres. Si, je vous assure. Jusqu’à présent, il n’y en avait pas beaucoup, des indigents, comme moi. Vous voyez, Castelnau le Lez, c’est un peu le Neuilly sur seine de Montpellier. .

Enfin, le problème, c’est les voitures de pauvre. Salauds de pauvres ! *

Et depuis quelques années, des nécessiteux, il y en a de plus en plus. Et ils circulent dans ma rue. Les Panda, Logan, Twingo, Peugeot 208, Toyota hybride et autres Scénic phase 3. Manque plus que les scooters et les vélos. Et que croyez-vous qu’il arriva ?

Bien, je vous laisse regarder la photo.

J’ai perdu tous mes amis.

IMG_1056

Je m’étais acheté un nouveau Smartphone. Vous savez, la marque pour les poires, comme insiste la pub. Le vendeur m’avait dit :  » C’est du solide, vous verrez. Une voiture peut rouler dessus. Il restera intact. »

Si, si… Je l’ai fait.

Une espèce de poubelle à quatre roues est passée dessus. La cata !

Pourtant j’avais fait une petite analyse physique. Les voitures « Haut de gamme » ont de bons amortisseurs.  Les ralentisseurs, même pas peur, vous pensez. Mon portable  n’y aurait vu que du pneu, si on veut.

Mais, là, non. C’est une espèce de pile roulante, mi- essence, mi- alcaline qui déboule. Aucune finesse, la caisse. Payée à crédit sur dix ans, j’imagine. Troisième classe. Pas la peine de draguer, avec ça. On la cache, les dimanches ou les jours de mariage. Tout juste bonne à  se faire conduire par un péquenot, fier d’aller se ruiner la santé au boulot. Une lourdeur, le tacot. Elle l’a pas loupé, mon ordiphone, la bagnole. Tous mes contacts écrabouillés.

Je suis retourné voir le vendeur. Il m’a regardé, inquiet.

–    Vous êtes accompagné ? Qu’il me chuchote.

–     Non, pourquoi ?

–    Vous êtes suivi, je veux dire. Vous voyez quelqu’un, insiste-t-il, le malhonnête.

–     J’ai juste une petite affection en voie de rémission. Rien de grave.

–    Mais, votre visage… Vous avez des difficultés de compréhension, peut-être.

–    Mais, non, protestai-je. C’est une paralysie faciale, conséquence de mon opération.

–    Bon, écoutez, qu’il me dit. Je ne veux pas d’histoire.  Abus de faiblesse, tout ça. Non.  Je         vous rembourse.

–    Mais je veux juste un échange, Monsieur !

–    Non, non. Revenez avec quelqu’un de votre entourage.

–    Mais il ne faut plus poser votre téléphone sur la route, Monsieur ! Qu’il me dit.

Il m’a pris pour un imbécile ou je rêve ?

Après, on va dire que je suis susceptible.

* Lancé par Coluche, mais plus tôt, par Jean Gabin dans « La traversée de Paris » de Claude AUTANT-LARA.

 

 

 

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